(#010) Bibliothèque équestre – Le Silence des chevaux, de Pierre Enoff.

Avis sur le Silence des chevaux de Pierre Enoff sur Pony Driver blog équestre chevalJe ne pensais pas directement revenir au thème de la lecture mais puisque je dois bientôt rendre ce livre à la bibliothèque, c’est parti. Ce livre, je suis tombée dessus par hasard, alors que je regardais rapidement ce que ma bibliothèque de quartier avait à me proposer sur les chevaux et l’équitation. (Facile : les chevaux, un livre, l’équitation, quatre ou cinq). Je l’avais déjà croisé dans des « listes de lectures équestres » et le titre m’avait pas mal laissée perplexe, même si je me doutais qu’il s’agissait de dénoncer des choses pas jolies-jolies, ce genre de trucs. Ça tombe bien, le titre complet sur la couverture, c’est le Silence des chevaux – Plaidoyer pour une autre monde équestre. Autant dire que ça tend à annoncer la couleur.

Le Silence des chevaux de Pierre Enoff offre une description assez claire de son contenu sur la quatrième de couverture.

« Un cheval, c’est fait pour être ferré. » « Le cheval vit dans son box et mange à horaires fixes. »

Voilà des affirmations bien ancrées. Mais comme toute tradition, ne serait-il pas temps de les remettre en cause ?

C’est ce que propose Pierre Enoff en vous livrant une approche novatrice et originale de la relation interespèces entre l’humain et le cheval. En préconisant l’abandon sans concession des dogmes hérités de l’équitation militaire et du cheval de bataille, l’auteur vous présente une relation pacifiée, facilitée, épanouie et respectueuse du cheval.

Cet ouvrage remet en cause les traditions équestres en s’affirmant à contre-courant des pratiques de l’équitation actuelle appelées à évoluer pour le bien-être du cheval et de son cavalier.

Pour résumer, ce livre – découpé en cinq chapitres plus une introduction, une conclusion et un abécédaire – défend cinq grands concepts : une vie de cheval pour le cheval (au maximum), le droit de grandir à son rythme, le sujet du ferrage, comment déferrer et un ultime chapitre sur la vie même des chevaux.

LE SILENCE DES CHEVAUX : UN LIVRE QUI FAIT RÉFLÉCHIR ET S’INTERROGER.

Le Silence des chevaux, je l’ai trouvé assez extraordinaire. Tout simplement parce que l’auteur sait appuyer là où ça fait mal. Il sait soulever de vraies questions, souligner des choses très justes et nous pousser à nous remettre en question. Concrètement, je l’avais lu pour ça : pour voir un nouveau point de vue et me faire mon propre avis dessus par la suite. Je peux vous dire que c’est réussi. Autant certains livres m’ont laissé un peu perplexe car ils affirmaient des choses sans apporter de preuves, autant les propos de Pierre Enoff sont accompagnés d’une justification. Il parle et ce n’est pas basé sur du vent : il y a des études, une bibliographie, des images, des explications… Un travail de chercheur en somme, et quand on le lit on est frappé par l’évidence.

Il y a de ces choses qui nous ont toujours paru un peu bizarres sans qu’on parvienne à mettre le doigt dessus (comment le fer pourrait-il amortir ? On parlerait de caoutchouc ou je ne sais quoi, pourquoi pas, mais une pièce de métal ?). Le Silence des chevaux, c’est une grande remise en question : ça fait un bien fou, ça se lit sans modération et très rapidement. Je parle ici de l’exemple du ferrage puisqu’il s’agit d’un thème récurrent (cf. voir le paragraphe suivant) mais les autres aspects sont tout aussi convaincants. Vous avez l’occasion de le lire ? En un mot : foncez. Ça ne peut que faire du bien.

SPOILER ALERT : L’AUTEUR EST VITE TRÈS LOURD…

Mais ce bouquin, il m’a aussi agacée. Autant le fond est parfait, travaillé, argumenté, bien rédigé et bien clair, autant l’auteur m’a gonflée. Je ne trouve même pas d’autres mots pour le dire. L’ouvrage aurait été extraordinaire si Pierre Enoff en était resté à démontrer le bien-fondé de sa pensée. Prouver par A + B qu’il a raison est une très bonne chose et il le fait brillamment ! Le monde équestre a besoin de ce genre d’ouvrage piquant, qui pose le doigt là où ça fait mal, pour avancer. C’est vrai. En revanche, la façon de s’exprimer était très… accusatrice. Presque insultante. Et même agaçante à la fin avec les répétitions. Glisser à chaque fin de phrase que le ferrage, c’est mal, c’est… trop. Un chapitre documenté, détaillé, est présent dans le livre et il est convainquant à souhait, inutile de préciser qu’il faut déferrer son équidé dans chacune des définitions de l’abécédaire.

Je trouve que du coup, le livre perd de sa crédibilité : à se répéter, Pierre Enoff donne l’impression de chercher à nous convaincre par tous les moyens… comme s’il doutait de lui-même et que le rabâchage permettait de mieux faire entrer le concept dans nos cervelles. C’est soit nous prendre pour des idiots, soit craindre qu’on ne saisisse pas le fond de sa pensée… Peu importe. Si on vient l’esprit ouvert, ses explications suffisent à nous convaincre. Si on lit tout en restant dans une optique très conservatrice, ce n’est pas répéter encore et encore la même chose qui nous fera changer d’avis. Dans le pire des cas, ça agace.

CE LIVRE, TU DOIS LE LIRE !

Pour finir sur une note positive, car le Silence des chevaux le mérite tout de même, je dirais qu’il fait réfléchir. Il fait réfléchir sur le cheval et ses conditions de vie bien sûr, mais il fait réfléchir sur beaucoup d’autres choses. Ce qui s’applique aux équidés peut parfaitement s’appliquer à nous aussi, que ce soit pour le mode de vie, les chaussures, l’alimentation, l’apprentissage… Tout peut nous être transposé et là encore, ça incite à la réflexion.

Bref, ce livre nous ouvre les yeux sur tellement de choses… Il est à lire, voire à relire ensuite. On n’est pas obligé d’être d’accord avec ce qui y est écrit mais vu les démonstrations qui y sont faites, il me semble incontournable aujourd’hui pour se faire un avis fondé. Difficile de défendre le ferrage si on ne peut pas contrer tout le savoir présent dans ces pages sur la mécanique du cheval. En 2016, il me semble important si on a l’occasion de l’ouvrir de le lire. Comme beaucoup de livres de cheval, il dépasse la vingtaine d’euros mais le prix n’est pas exorbitant et… vous pouvez sans doute le trouver à la bibliothèque. 😉

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(Article mis à jour le 22 mars 2018.)
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6 Replies to “(#010) Bibliothèque équestre – Le Silence des chevaux, de Pierre Enoff.”

  1. J’ai également lu ce livre, qui devient un incontournable pour tous les cavaliers soucieux du bien être de leur cheval. Il est vrai que l’auteur se rabâche beaucoup dans ses propos surtout pour les fers et qu’il est un brin agressif…. Et lorsqu’on se sent agresser, et bien on a pas envie de se remettre en question, ni d’écouter les dires de la personne. C’est un peu dommage, car j’estime qu’on a pas tous la science infuse et que si l’on lit ce genre de livre c’est justement pour palier un manque de connaissance et agresser son lecteur n’est pas une bonne chose.

    Cependant il n’en reste pas moins un livre intéressant qui laisse à réfléchir.

    1. C’est certain, et c’est l’énorme défaut de cet ouvrage d’ailleurs ! Après, l’auteur a tout de même étayé toutes ses affirmations par de grandes démonstrations, ça compense.

  2. Tu m’as donné envie de le lire ce livre ! Moi qui aime beaucoup lire sur les chevaux, je sais à quoi m’attendre. Ce genre de livre est super et fait du bien à tout cavalier, mais je déteste lorsque l’auteur ne prend en compte que ses idées et s’auto persuade qu’il (et lui seul) détient la « bonne parole ». Tu parles de son rabachage incessant sur les fers (et je comprends, je pense que ça va me gonfler aussi), mais j’ai une amie dont la jument à un problème de 3eme phalange qui pivote, et elle a été bien contente de pouvoir mettre des fers spéciaux, qui permettent de redresser le sabot ! Dommage donc qu’il ait l’air si arreté dans son avis, mais je pense le lire, car ton article m’a donné grandement envie !!

    1. Ah, tant mieux si cet article t’a donné envie de le lire : il en vaut la peine ne serait-ce que pour saisir comment est fait le pied du cheval et son fonctionnement !

      Tiens, à propos des fers orthopédiques, je n’ai pas souvenir d’avoir lu son avis là-dessus… Il me semble qu’il parle brièvement des fers orientés orthopédie mais là encore c’est davantage pour appuyer sa propre théorie (du style : si les chevaux n’étaient pas ferrés de base, ils n’auraient pas de problèmes de pieds, donc pas besoin de fers orthopédiques ensuite) (ce qui est largement discutable sur un coup-là : on peut avoir des problèmes de pieds sans que ce soit nécessairement la faute à quelque chose, ici le ferrage). Je serais curieuse d’avoir son avis sur le cas d’un cheval de prime non-ferré mais développement X problème d’aplomb/de pied/de phalange. Serait-il absolument contre le ferrage ? Bonne question, ça vaudrait presque le coup de l’interroger là-dessus.

      En tout cas, bonne lecture à l’occasion ! 😀

  3. […] un article sur l’importance de la lecture ainsi qu’une première critique de livre sur le Silence des chevaux de Pierre Enoff et je viens enrichir cette catégorie. Premier article de ce type, je me suis dit qu’il […]

  4. […] Le Silence des chevaux, de Pierre Enoff (compte-rendu de lecture) (hé oui.) […]

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